Pourquoi l’introduction de Facebook ne devait pas réussir

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Pourquoi l’introduction de Facebook ne devait pas réussir

Facebook est entré en bourse et la pagaille s’installe. Déjà les médias relaient d’inquiétants messages : la sous cotation du leader des réseaux sociaux pourrait mettre en péril les autres acteurs du monde virtuel. Mais on manque le sujet. Le sujet, c’est que Facebook ne devait pas entrer en bourse, et c’est tout. Pourquoi ?

La finance de marché s’est construite sur la valorisation du capital des entreprises du monde réel. Les investisseurs sont génétiquement inscrits dans la logique de valorisation de biens et de services tangibles, matériels. Le monde de la bourse n’est simplement pas fait pour valoriser les réseaux sociaux (sans doute même, plus globalement, les entreprises du Web2.0, mais c’est un avis très discutable évidemment). Ces entreprises qui nous font vivre des émotions au quotidien ne peuvent pas vivre et se développer dans ce monde là. C’est purement et simplement incompatible.

Facebook n’aurait jamais dû se tourner vers la bourse. On lui juge son modèle économique. On regarde l’entreprise sous toutes les coutures pour y trouver rentabilité, ROI, EBIDTA,  et espérer des dividendes records. Cela n’a aucun sens. Les réseaux sociaux au sens large, Twitter, Pinterest, LinkedIn, Viadeo, n’ont rien à faire sur le NASDAQ ou le London Stock Exchange. Pour ces petits miracles d’entreprises, il va falloir être aussi créatifs que leurs fondateurs. Pour elles, il faut imaginer un tout autre modèle de financement. Parce que leur modèle ne se compare à nul autre, parce qu’elles n’ont qu’un seul modèle : unir et densifier les liens entre les hommes. Ça ne produit rien. ça ne sert pas à grand chose. Ça n’a pas de prix. Mais cela procure quelque chose de rare, et de très précieux : le plaisir dans la tête. Elles ont inventé l’entertainement communautaire, et il est impossible de lui donner une cotation.

Facebook a manqué, cruellement, d’imagination en s’introduisant en bourse. Mark Zuckerberg a loupé l’ultime originalité qu’il avait à portée de mains : Facebook, avec 901 millions d’abonnés, devait se tourner vers sa communauté pour se financer. Facebook aurait dû voir la formidable opportunité d’ouvrir son capital à ses membres, quitte à être moins gourmand à court terme. Pourquoi ? Parce que le réseau est à eux, à nous. Parce que ce sont les connexions, les fans, les likes, les post qui font toute la richesse du réseau. Pas les pubs, pas les markets places, pas les business models. Facebook aurait dû lancer un gigantesque « members’ buy-out » et le succès était garanti.

Les membres de Facebook auraient suivi. Pas parce qu’ils croient en la rentabilité de l’entreprise. Pas parce qu’il parient sur son devenir et son inventivité. Pas parce qu’ils visualisent leurs gains futurs. Non, pour une seule raison : parce que Facebook leur fait du bien, parce qu’ils l’utilisent tous les jours, parce que Facebook fait partie de leur vie désormais.

Le temps est venu de voir, puisqu’on nous prédit avec ce demi échec après 3 jours de cotation la nouvelle explosion de la bulle web (faut-il être ingrats…), que les réseaux sociaux n’ont rien à voir avec la bourse et la financiarisation. Ce modèle n’est pas le leur, pas compatible, pas possible. Facebook aurait dû être la première grande entreprise du capitalisme global, mondial, et totalement démocratique, avec ses membres comme actionnaires, et pas les marchés financiers. Dommage, quelle splendide occasion manquée.

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