Télécoms : « Les opérateurs doivent innover … ou mourir »

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Peinant à monétiser l’explosion du trafic des données, le secteur des télécoms se trouve à un tournant, selon les experts du cabinet Booz & co. A la veille du grand salon mondial du mobile de Barcelone, ils expliquent que les opérateurs vont devoir réinventer leurs modèles tarifaires et trouver de nouvelles sources de recettes.

Il n’y a pas que « l’effet Free », souvent cité comme la source de tous les malheurs des opérateurs français. Partout dans le monde, les opérateurs peinent à suivre l’explosion du trafic d’Internet mobile. Le chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur a augmenté de 0,3% seulement l’an dernier à 1.848 milliards de dollars, selon les calculs du cabinet Booz & co. Le secteur est même en recul en Europe (-2,3%) mais il n’a enregistré qu’une croissance de 2,8% en Amérique du Nord par an en moyenne entre 2010 et 2013. « Une grande partie de la croissance dans les télécoms a été captée par les entreprises d’électronique qui fabriquent les smartphones », relèvent les experts de Booz. « Les opérateurs se trouvent face à une alternative, innover ou mourir, ou du moins perdre leur pertinence, leur utilité », souligne Pierre Péladeau, en charge de la practice télécoms et médias à Paris, qui a présenté ce mardi cette étude à la veille du Mobile World Congress, le grand salon mondial du mobile qui s’ouvre lundi à Barcelone.

Des réseaux 4G déjà congestionnés aux États-Unis

Le problème principal des opérateurs est qu’ils doivent continuer à investir massivement dans leurs réseaux – de l’ordre de 180 milliards de dollars par an ce qui dépasse les chiffres d’affaires cumulés de Google, Amazon et Facebook – alors qu’ils ne parviennent pas à monétiser l’essor du trafic. Avec la 4G, la consommation moyenne de données des Français devrait être multipliée par sept en cinq ans, passant de 700 mégaoctets par mois à 5 gigaoctets (Go) selon les experts de Booz. Aux États-Unis, où la 4G a été lancée plus tôt, la consommation moyenne a déjà bondi à 1,4 Go par mois. Même si les opérateurs américains semblent avoir trouvé la bonne formule tarifaire en proposant des forfaits par tranches de données utilisables avec plusieurs appareils au sein d’un foyer, ils sont rattrapés par la nécessité d’investir et le prix du mégaoctet diminue. Ainsi, « l‘opérateur Verizon Wireless rencontre déjà des problèmes de congestion de son réseau 4G dans les grandes villes et doit investir dans les capacités, après avoir mis l’accent sur la couverture. AT&T a commencé à réutiliser ses fréquences 2G pour faire de la 4G à New York  », observe Steven Pattheeuws, expert chez Booz. Si la technologie est une technologie trois à quatre fois plus efficace que la 3G, le trafic est multiplié au moins par cinq et les revenus ne suivent pas.

Délester le trafic ou le faire subventionner par la pub

Les opérateurs doivent donc trouver des moyens de diminuer leurs coûts, par exemple par la mutualisation des réseaux – ce que vont faire SFR et Bouygues Telecom – par l’utilisation de petites cellules permettant de délester du trafic sur le réseau fixe, ce sur quoi Orange travaille avec Alcatel-Lucent. Ils vont aussi devoir explorer de nouveaux modèles tarifaires, par exemple en modulant le prix en fonction du débit comme le fait le singapourien SingTel. Voire essayer de faire payer les fournisseurs de contenus, les YouTube et autres Netflix : c’est ce qu’AT&T tente avec son « forfait subventionné » qui vient d’être lancé sur le mode du numéro vert, certains contenus étant accessibles gratuitement, sans être décomptés de l’abonnement grâce à des « sponsors », annonceurs ou fournisseurs de contenus.

L’explosion annoncée des objets connectés

Autre piste : trouver des relais de croissance, soit dans les marchés émergents, qui se révèlent parfois risqués, soit dans la diversification, qui n’a pas toujours été très fructueuse, si l’on pense aux contenus (Orange dans le sport et le cinéma, Endemol chez Telefonica). Au niveau mondial, les opérateurs ne réalisent que 9% de leur chiffre d’affaires dans d’autres activités que la connectivité, en hausse d’un point en deux ans. La meilleure opportunité semble se trouver dans les services informatiques, l’intégration et le « cloud », en proposant par exemple du stockage pour quelques euros par mois « Mais là aussi, les entreprises qui tentent de se diversifier dans ce segment éprouvent des difficultés, à l’image du chiffre d’affaires de BT Global services en chute de 7% par an au cours des 5 dernières années », pondère Pierre Péladeau. Les opérateurs garderont un rôle central en tant que fournisseurs de connectivité, dans un monde qui aura bientôt rempli sa mission de « connecter les gens » et passera à celle de « connecter les appareils », mais ils risquent de ne pas tellement profiter de l’explosion annoncée des objets communicants, bracelets, montres, lunettes, voitures, etc. Dès l’an prochain, il devrait y avoir 25 milliards d’objets connectés dans le monde, soit en moyenne 3,4 par habitant de la planète et 50 milliards en 2020 (6,5 appareils par personne). Ce marché de l’Internet des objets devrait générer un chiffre d’affaires de 300 milliards de dollars en 2020 mais la connectivité fournie par les opérateurs restera minoritaire.

S’inspirer des géants du Net pour se réinventer

Selon Pierre Péladeau, « aujourd’hui, dans un marché naissant, la valeur est captée par les fournisseurs de matériels, tels que Samsung ou Nest, mais à terme 80% de la valeur risquent de revenir aux fournisseurs de services d’information et d’analyse des données d’usages et des capteurs. » Voilà pourquoi Google a déboursé 3,2 milliards de dollars pour s’offrir la startup Nest, qui a conçu un thermostat intelligent et un détecteur de fumée connecté. Les acteurs télécoms ont-ils alors intérêt à se lancer dans de telles acquisitions ? « Les opérateurs sont de grands groupes qui ne savent pas intégrer les startups, ils ont plutôt tendance à les étouffer, c’est un problème culturel », considère l’associé de Booz. Stéphane Richard, le PDG d’Orange, rêve d’ailleurs de réinventer l’opérateur historique en mode startup, en s’inspirant des géants du Net. Invité d’honneur du Mobile World Congress, Mark Zuckerberg, qui a su réinventer Facebook d’un service né dans l’univers PC à une entreprise résolument ancrée dans le mobile, sera sans doute écouté avec attention par tous les opérateurs à Barcelone lundi prochain.

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